Quelques heures après son investiture, le président de la République, Romuald Wadagni, a dévoilé la composition de son premier gouvernement. L’absence d’un ministère explicitement consacré au travail a suscité de vives réactions au sein de certains milieux syndicaux, où cette option a été perçue comme une marginalisation des préoccupations des travailleurs. Une lecture que rejette catégoriquement Moudassirou Bachabi, secrétaire général de la Confédération générale des travailleurs du Bénin (Cgtb), qui estime que cette critique procède d’une mauvaise appréciation de l’architecture gouvernementale et des missions assignées aux différents départements ministériels. Lire ses propos.
« Je crois que si l’on connaît ce qu’on appelle gouvernement, on ne devrait pas, à mon avis, faire une telle déduction parce qu’un gouvernement n’est pas une juxtaposition de dénominations ; de titres ou de thématiques. Un gouvernement reste d’abord une équipe, un arsenal de complémentarités agissantes. Et donc, ce serait totalement irresponsable de penser que le gouvernement qui a déjà pour vocation de centraliser et de travailler à la production de la richesse nationale, laquelle richesse nationale est tributaire de la bonne organisation de la gestion des relations sociales et professionnelles, et quand on parle de relation sociale et professionnelle, il s’agit du travail. Donc on veut me dire par là alors que ce gouvernement veut centraliser les ressources de l’Etat, les ressources nationales, les richesses et les redistribuer sans se préoccuper de la machine qui génère cette richesse. Je veux parler du capital, je veux parler de la main d’œuvre, je veux parler de l’ensemble du dispositif réglementaire et juridique. Non, ce n’est pas possible pour un gouvernement. Et lorsque vous regardez un peu l’arsenal institutionnel de notre pays, vous savez que tous les ministères fonctionnent sur la base des décrets portant Aof, c’est-à-dire Attributions, organisation, et fonctionnement du ministère. Et ce n’est que la déclinaison du contenu de ces décrets qui attribue à chaque ministère, ses domaines de compétence. Alors, lire simplement les titres, lire simplement la déclinaison thématique et puis tirer des conclusions pour dire que dans ce gouvernement, aucun ministère n’aurait être dédié au travail, ça va être vraiment une lecture restrictive de la situation. A la limite, on n’aurait pas compris non plus le projet de société du candidat, puisqu’on ne peut pas faire reculer la pauvreté, on ne peut pas construire un mieux-être et faire du social sans mettre l’accent sur le travail. Le travail qui est la seule façon de libérer un peuple, de mettre à sa disposition les biens et services dont il a besoin et pourquoi pas même commencer avec le reste du monde .
Moi, je crois que ce gouvernement a mis l’accent sur un certain nombre de piliers, de leviers. D’abord les finances, l’économie, le droit en tant que pilier même qui organise la société mais surtout les questions liées à l’environnement, à la sécurité, qui sont des thématiques universellement en attente aujourd’hui, qui appellent des efforts supplémentaires de la part des gouvernements et donc le travail en tant que titre ou appellation est, qu’on le veuille ou pas, un élément transversal.
Donc qu’on ait mis le travail, qu’on ait rattaché le travail à un ministère ou à que ce soit, il n’est pas possible que l’on envisage que le gouvernement puisse rester indifférent à ce qui se fait dans le secteur privé, qui est d’ailleurs le secteur qui contribue au budget national de façon significative. On ne peut pas dire que ce secteur-là est occulté et que le mieux-être que cela doit générer dans l’ensemble du processus soit méconnu d’un gouvernement, qui plus est quelqu’un qui a été pendant une décennie, ministre en charge des finances.
Je crois que c’est mal lire l’ossature du gouvernement. Cela dit, en tant que responsable syndical et par rapport à l’expérience que j’ai, je crois bel et bien que ce gouvernement n’a pas mis de côté la question du travail. On a en charge l’emploi, les petites et moyennes entreprises. On a véritablement un arsenal qui concourt à voir de très près à quoi notre budget doit servir et quels sont les défis auxquels nous sommes confrontés.
Donc j’attends de voir, comme je l’ai dit qu’on ait rattaché l’appellation du travail ou pas à un ministère, ce que cela contient comme dynamique économique, dynamique sociale, aucun gouvernement ne peut exister sans s’en préoccuper. Donc, je ne crois qu’on doit pouvoir se calmer et on doit démontrer notre maturité à comprendre un certain nombre de choses en disant qu’il y a toujours l’esprit et la lettre, et il y’a surtout le projet de société qui doit servir de référence.
Et nous savons que très bientôt, on aura droit au Programme d’action du gouvernement, on aura les Aof, on aura les ministères dans toutes les dimensions institutionnelles. Et je crois que lorsqu’on arrivera à cette étape-là, il sera très facile à chaque Béninois et à tous les partenaires sociaux, de constater véritablement que le travail reste le pilier de l’action du gouvernement qui arrive. Et parce que c’est un domaine totalement devenu transversal, puisque ces relations doivent pouvoir se cultiver.
Nos ministères apparaissent comme étant des cadres de concertation et de dialogue désormais, parce que le chef de l’État lui-même croit au dialogue et donc par conséquent, il est important pour nous de nous dire que nous avons en face de nous un gouvernement de défi. Nous avons également en face de nous un gouvernement de réelle transition, parce que nous avons besoin, en même temps qu’on doit poursuivre la marche, nous avons besoin de déployer d’autres stratégies et je crois que c’est à cela simplement qu’il faut ramener le statut actuel du gouvernement.”
Propos recueillis par Gabin Goubiyi
L’article Moudassirou Bachabi, Sg de la Cgtb au sujet de la polémique sur l’absence d’un ministère du Travail : « Je crois que c’est mal lire l’ossature du gouvernement » est apparu en premier sur LE MATINAL.
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